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photographie contemporaine Jean-Claude Bélégou LE TERRITOIRE (1989/91) exposition créée en 1996

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Réalisée entièrement dans les limites de la maison de l'artiste, cette série est l'exploration systématique d'une clôture, d'un enfermement, d'une solitude.
Elle fait partie avec La Mer et le Corps du cycle Existences.

Etre, solitude murée de la conscience qui ratiocine, maîtrise et accapare, désire. Désire surtout comme une maladive respiration, contraction à sortir des os de la boîte crânienne, à expulser ses fourmillantes neurones de ce carcan de la pensée, à se projeter, s'aliéner.

Activité débordante de la conscience qui n'a de cesse de cette propension à s'épancher : confession, communion, oeuvre, spéculation, médiatisation, amour, possession.

Conscience hydrocéphale qui pleure, se répand, tisse ses toiles, bâtit, détruit, pâtit, délie.

Mais seul le corps peut pénétrer un autre corps, se répandre en un autre corps.

La conscience est close, sans issue, impénétrable aux autres et à elle-même. La solitude est constitutive de l'esprit.

Territoire ceint, embastillé, soliloque qui ne pense qu'avec les mots des autres, qu'avec la joie meurtrière du langage et des sentiments, et ne réussit pas à s'appréhender elle-même.

La figure antique du labyrinthe, impasse dont on ne sort plus, serait la plus à même de rendre compte de la figure stagnante de l'esprit. Nuls autres que Dédale et Icare ne peuvent mieux procurer l'image de cette topographie de l'être au monde.

Exister est être défini dans une solitude spatiale autant que temporelle, enfermé dans une finitude. Aucune continuité (de l'espèce, de la culture, de l'humanité, de l'éternel retour) n'a pu mettre fin à la discontinuité absolue que chacun est en tant que singularité, individualité, par rapport aux autres, au monde, et à lui-même, à ce fossé qui nous sépare de l'infini et de l'universel. A notre réclusion.

C'est peu que de parler de tragique quant à cette condition d'exister : n'avoir sa place ni en dedans, ni en dehors de soi-même.

Lors en rabattre quant aux prétentions et aux exigences. Bêcher, écrire les touches de la machine à écrire, ratisser, faire oeuvre, semer, arroser, planter, arracher, photographier, bétonner, enduire, terrasser, aimer, haïr, désirer se séparer, regarder pousser, regarder grandir l'oeuvre... Vivre, en un mot, un mot fatal.

Comment être au monde ? Nos joies, nos douleurs, nos naissances, nos deuils, nos étreintes, nos déchirures. Immobile mouvement du paradoxe de Zénon d'Elée : la flèche ne parvient jamais à son but.

La condition de l'existence est une béante clôture et je ne peux davantage m'atteindre dans la pensée réflexive (O cette maigrelette et naïve réussite du cogito cartésien qui nous enseigne bien le peu que nous puissions savoir de nous-mêmes !) que je ne peux atteindre l'autre dans l'extrême intersubjectivité que sont la guerre et l'amour.

 Texte écrit pour l'exposition Existences, 1996.


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Le Territoire, tirages argentiques 50 x 60 cm réalisés par l'artiste
sur cette série, lire les articles de : Jean-Claude Lemagny, Caroline Napheygi, Dominique Baqué
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