www.belegou.org

< <
> >

photographie contemporaine Jean-Claude Bélégou VISAGES 1989/90 exposition créée en 1992

voir un extrait de la série
L'essentiel des prises de vues de la série Visages est réalisé lors d'un séjour de création en 1990  en Italie à l'Institut français de Naples. C'est le premier travail d'autoportrait qu'accompagne une seconde série prise dans les mêmes lieux quelques mois plus tard.
La série est publiée par Gilles Mora dans le n° 26 des Cahiers de la Photographie.
Visages avec l’aide de la Commission nationale de la photographie du Ministère de la Culture et la participation de la direction des Affaires culturelles de la Ville de paris, de l’ADACA d’Aurillac ; exposition présentée au Parvis à Tarbes ; au Centre Photographique d’Ile de France ; à l’Institut Français de Naples ; au Nordnorsk Kunstmuseum de Tromsø en Norvège ; à l’Institut Français de Stockholm en Suède ; au Musée des Beaux Arts du Havre , au festival Sélest’art , jeune photographie ;  à la Galerie P3 Art and Environment, Tokyo -
Le célèbre photographe japonais Araki le désigne avec cette série comme son lauréat pour le prix New Cosmos Of Photography à Tokyo en 1994.

Le propos de visages n'est pas le portrait, c'est à dire l'identification ou la mémoire, mais en une approche phénoménologique le rapport entre les peaux, entre les surfaces, les matières des corps, leurs limites fluctuantes, leur fragilité. Le propos de visages est l'emprise du monde et de la conscience sur ces corps, l'inscription, la fascination et l'envoûtement des peaux. L'emprise de l'Amante sur le moi.

L'Amante est l'autre, autonome, qui se livre, s'échappe, reporte, prend plaisir, repousse, se donne, combat silencieusement de mille combats intérieurs ( l'image que je fais d'elle est-elle bien différente de l'image que je ferais d'une autre ? - se demande-t-elle ). L'Amante est celle qui s'offre à ce que je la dévisage, qui accepte de prendre le risque que je la défigure.

Je la photographie la mettant en lumière, modelant, guidant son corps, son visage,  avec la volonté d'en laisser venir ce qui se livrerait, d'en guetter la mobilité, les brusques affleurements, fasciné par cette "affaire de surface" et de lumière, cette peau que je creuse du regard, ces veinules sur lesquelles je fais le point infime, tellement auprès d'elle. Je nous voue pour dire l' existence, elle nous voue pour dire l'abîme de l'autre.

L'image de l'Amante est faite d'ombre et de flou autant que de lumière et de focalisation. Floue l'image nourrie de la proximité du désir et ombrée celle portée par la densité obscure, irrationnelle, de l'affect. L'amante est toujours elle et toujours autre qu'elle, changeante, mobile qui fuit, revient, consent, met son visage à nu, joue, pleure, refuse...

Mais aussi je me photographie. Je photographie mon visage dans un regard aveugle sur moi-même, l'appareil à bout de bras comme au jeu de la roulette russe, dans une solitude d'exil amoureux. Je cherche ce qu'est cette conscience confuse d'exister en soi-même. Je me photographie d'un dehors qui est limité à l'extension de mon corps, voulant désigner ce qu'était sentir ce lourd état d'être, reclus et inaccessible aux autres et à soi-même, d'un geste répétitif, obsessionnel, comme on ratiocine.

Je cherche qui je suis pour elle, objet saisi du dehors. Je cherche quelle image je photographie d'elle absente.

Je photographie cette clôture imprenable de la conscience en son " for intérieur ", cette conscience  enclose dans mon corps, en mes sens dans cette incapacité d'être un objet pour moi-même, de me saisir du dehors, et par rapport à quoi l'Autoportrait constitue toujours l'image étrange d'un autre, un regard aliéné.

Cette conscience elle même divisée en régions hétérogènes, discontinues ne se manifestant que par échappées : répétitions, rêves, transferts, oeuvres... me demeure close à moi-même qui ne puis m'appréhender que par bribes, et qu'avec les mots des autres. La conscience est un territoire embastillé.

Je la cadre, je me vise.

Texte écrit pour ma participation à la manifestation Sélest'art , jeune photographie, Sélestat.

sur cette série, lire les articles de : Gilles Mora, Jean-Claude Lemagny, Pierre Bastin, Léa Zardlavie, Marie-Ange Poyet, Catherine Goffaux, Brigitte Ollier, Michel Guerrin, Anne-marie Morice, Jean-Jacques Keutsch, Michel Ehrsam, Alain Laframboise, Alain Buisine
Visages, tirages argentiques 50 x 60 cm réalisés par l'artiste
> >