La construction de mes longs métrages
TOURNAGE
La construction de mes longs métrages
C'est un cinéma qui entre dans les cases « expérimental » des festivals. Je préfère l'appeler films d'artiste, les étiquettes sont toujours des simplifications. Je tourne seul, sans équipe, me situant dans la filiation des cinéastes-filmeurs (Jean Rouch, Raymond Depardon pour ne citer qu'eux) jouant les hommes-orchestres de l'écriture à la réalisation en passant par la mise en scène, la photographie et le son, le montage, etc.
Éviter ainsi la division du travail (dont le cinéma est historiquement contemporain - cf Les Temps Modernes de Charlie Chaplin) permet une légèreté et une concentration, une liberté. L'industrie du cinéma ne m'intéresse pas et la mimer ou la singer pas davantage.
J'aspire à tourner et faire un film comme on écrit un poème ou peint un tableau. Comme Steinbeck, je crois aux individus davantage qu'aux groupes…
Je tourne avec un synopsis, un scénario, souvent avec un story-board, mais sans découpage technique, fidèle en cela à l'enseignement de Rosselini ou de Godard. Je pense qu'écrire un film est une erreur. On n'écrit pas un film qui est une succession d'images et de sons avec des mots, pas davantage que le peintre n'écrit son tableau.
C'est donc un face-à-face avec les comédiens ou la comédienne. Celui-ci procure une intensité de présence inégalable, une concentration sans distraction.
Prédominance lumière ambiante, le plus souvent jour y compris pour des intérieurs, mais aussi chandelle ou lampadaires ou encore phares de la voiture, pour des extérieurs extérieurs type bords de Seine, rarement des apports de lumière artificielle, halogènes ou leds, le plus souvent pour des prises de vues nocturnes ici-même.
Longs plans séquences, je suis loin des trois secondes moyenne qu'on enseigne dans les écoles de cinéma. Sur mes trois longs métrages, la moyenne des plans (ou plutôt des fichiers) montés est de 1 minute Et celle des scènes ou séquences, comme on veut bien les appeler, de deux minutes et demi. Il y a donc en moyenne sur les trois films 2,27 fichiers par scène.
Scènes oniriques : les apparitions nocturnes de La Muse, les scènes de la voiture avec éclairage rouge et celle de L'Invitation au voyage dans Apolline, dans une moindre mesure celle du cauchemar dans Aurane.
Scènes quotidiennes : la vaisselle, le ludion dans Apolline, le nettoyage des vitres dans Aurane, et dans les deux les séquences de salle de bain ou les séquences de maquillage.
Tantôt lumières artificielles aux mandarines halogènes ou aux leds (à la faiblesse desquelles je me suis parfois heurtées pour la séquence due l'ordinateur pour Apolline, celle de l'époussetage du buffet pur Aurane) tantôt lumière ambiante y compris aux bougies, tantôt encore mélangées. Les lumières artificielles (Un été oisif, Apolline, Aurane étant parfois colorées et quelquefois alternant /clignotantes. Je n'apparais pas ou seulement ma main dans La Muse ou Apolline.
Dans l'ensemble beaucoup de plans fixes sur pied et seulement quelques panoramiques en général d'accompagnement ou travellings idem.
Dans l'ensemble des plans proches pouvant aller du plan général au très gros plans tels une des séance de poses dans La Muse ou le téléphone mobile dans Aurane? Plus rarement des plan d'ensemble : le prologue de La Muse, quelques sorties diurnes à Aizier ou nocturnes à Duclair ou Port-Jérôme dans Apolline La dernière lecture à l'écran d'Aurane.
Souvent une seule prise longue, sans répétition.
Comme Dreyer peu ou pas de maquillage.
Des nus dans La Muse, exclus au final dans Apolline, la scène de douche dans Aurane. Un demi-nu dans Un été oisif.
Importance des textes qu'ils soient lus à l'écran (Musset ou une de mes lettres du Grand Nord) ou voice over.
Pratique systématique des ellipses, pas de plans de transitions dans les actions, passages abrupts d'une séquence à une autre (montage cut le plus souvent) et on entre directement dans l'action sans baratin inutile.
Quelque fois ralentis, accélérés, surimpressions.
Quand je peux juste des raccords d'ambiances genre passer de la lampe torche de l'arrivée dans le champ aux bougies allumées du gâteau d'anniversaire.
La matière dominante : l'eau (mer, fleuve, mare, tourbière, robinets, douche), en second lieu le feu (âtre, barbecue)
SON
Dans l'ensemble le son est très travaillé, et pas toujours de façon réaliste, qu'il soit synchrone ou non. Il y a à plusieurs reprises des sons qui en recouvrent d'autres.
Voice over mes textes dans La Muse et dans Apolline, les vocaux de Noémie dans Aurane. Déjà un court texte d'introduction dans Un été oisif ainsi que dans Acta fabula est.
Voix entrecroisées de Louise et moi dans ce dernier, superpositions et emmêlements dans Aurane.
Ma voix lointaine en voix off dans le prologue de La Muse et certaines séances de poses, plus appuyée : petit déjeuner, ludion, amants, scène supprimée "Et comme ça je te plais?" Dans Apolline.
COMMENT NOUS AVONS TRAVAILLÉ AVEC LES COMÉDIENNES SUR LES PRÉCÉDENTS TOURNAGES