Jean-Claude Bélégou Diversions : PANTALONNADES 2026
La représentation, et le plus souvent l'autoportrait, de l'artiste en clown, ou en bouffon, est une tradition récente puisqu'on peut la faire remonter pour l'essentiel à la fin du XVIII° siècle. Cette date n'est évidemment pas une coïncidence, puisque c'est celle des désillusions apportées par une révolution française qui en fait de liberté a apporté la Terreur, d'égalité de nouvelles formes d'exploitation, de fraternité la domination de la classe bourgeoise accédant au pouvoir et le colonialisme, de paix les guerres napoléoniennes et leurs jonchées de cadavres. Il y a profit à relire La Confession d'un enfant du siècle de Musset à ce sujet...
Dérision et auto-dérision, l'artiste n'est plus seulement le singe de Chardin, mais comme le note Georges Rouault dans une lettre à Edouard Schuré " J'ai vu clairement que le "Pitre" c'était moi, c'était nous"
Le poète, le peintre, et tous autres artistes solitaires dans leurs créations se trouvent donc soudain placés face à un marché sur lequel règne un goût pour le moins douteux et misérable, et moralisant (quoique émanant d'une classe libertine volontiers) qui est celui de la bourgeoisie mercantile et passablement inculte. On se souvient de Napoléon le petit cravachant l'Olympia de Manet ou des procès intentés à Baudelaire et Flaubert, de la misère d'un Gérard de Nerval ou d'un Van Gogh les conduisant au suicide.
Qu'en est-il aujourd'hui? Le marché de l'art semble florissant et bat des records chaque année, le foires internationales pullulent, les musées ne font-ils pas salles combles?
C'est oublier que la politique du Ministère de la Culture pour les arts plastiques est une goutte d'eau dans un océan (l'argent allant essentiellement au patrimoine et au spectacle vivant) que le marché florissant concerne essentiellement les artistes morts sur lesquels le bourgeois spécule, que 95 % (enquête conjointe Ministère/Beaux-Arts Magazine) des plasticiens français ne vivent pas de leur œuvre mais doivent la financer par une activité extérieure, omettre que les œuvres patrimoniales non seulement sont l'objet de spéculations financières (voire diplomatiques) mais encore sont devenues un des moteurs de l'Industrie du Tourisme (relire Jean Clair et Mémoire d'un Atrabilaire au sujet du peu d'égard des grands musées relativement à la protection du patrimoine que l'on est en train de brader). Van Gogh se suiciderait sans doute une seconde fois s'il voyait l'attitude des flots et hordes touristiques rivées derrière leurs téléphones ou tablettes devant ses peintures. Ou Vinci devant la Joconde...
Alors bouffons oui bien sûr toujours! Bouffons de l'industrie de la culture (relire Adorno et Horkheimer) elle-même inféodée au tourisme industriel. Le festival Normandie Impressionniste, pour prendre cet exemple, aura davantage rapporté aux marchands de saucisses et aux hôteliers qu'aux artistes, même dans son volet contemporain pour les survivants...
Tirages jet d'encre pigmentaire 60 x 75 cm réalisés par l'artiste d'après clichés numériques.